En complément de la version audio, retrouvez juste en-dessous la fiche critique plus détaillée à partir de laquelle j’ai réalisé cette vidéo. Bonne écoute et bonne lecture.

 

Fiche Critique – Chroniques des Trois Mondes

Hello, la Plume Audacieuse !

Bon bah comme tu le sais, on a pas mal débattu sur ton œuvre chez Plumavitae. Mais étant un grand fan de SF/Fantasy/Fantastique et que l’une de mes séries du moment est un Space Opéra, je me devais de donner aussi mon avis. Nate m’a dit que tu souhaitais écrire un manga alors je compte être clair avec toi, en tant qu’auteur de Fantasy, lecteur et fondateur de Plumavitae : écrire un roman est déjà un combat en soit, mais on n’écrit pas un roman comme on prépare un nemu pour un manga. Donc si tu veux te lancer dans la rédaction sérieuse de Chroniques des Trois Mondes il va te falloir te donner à 200%. Sur ce, j’espère que ma critique te sera plus qu’utile car je trouve qu’il y a un gros potentiel !

Kev’Angi, le Tyran de Plumavitae

 

1 • Le Scénario, le titre, le résumé

Commençons bien, commençons par le titre : il fait rêver. Peut-être à cause de « Trois Mondes » ou « Chroniques » qui peut renvoyer à un ensemble de récits épiques, mais je pense que pour un roman ça fait très vendeur. Etant donné qu’on parle de Chroniques, je vois bien des sagas avec chacune son héros principal, voire sa temporalité, qui sait.

 

Puis vient le résumé… C’est souvent le souci quand on fait de l’imaginaire : que garder, que cacher au lecteur, et sans s’en rendre compte on le noie sous beaucoup d’informations, voire des passages entiers de son roman. Je vais souvent revenir sur la problématique de la gestion des informations délivrées tout au long de ma critique, mais c’est primordial, car c’est l’une des erreurs que font souvent les jeunes auteurs : trop-trop-trop délivrer d’informations. Pourquoi ? Parce que, et je le souligne dans la partie Univers, tu vis dans ton monde et l’as conçu de toutes pièces. Tu sais tous les tenants et aboutissants et a peur que le lecteur s’y perde. Sauf qu’en délivrant trop de données, dont certaines ne sont pas nécessaires à l’instant T. Et ton résumé en est un parfait exemple : « Elle est en conflit avec son père. Brisé par un attentat qui emporta sa femme, et sombrant dans la paranoïa, il règne en despote sur le pays. Après une ultime dispute, Aya est déshéritée et chassée de la capitale. » Ai-je besoin de savoir tout ça dans le résumé ? N’est-ce pas une information que je peux apprendre au cours de l’histoire ? Selon moi, ton résumé doit intriguer, interroger, plutôt que de dévoiler tous les points cruciaux de ton scénario. Si un lecteur te perd juste en lisant la quatrième de couverture, il peut être rebuté par la potentielle complexité de l’ouvrage. Peut-être devrais-tu jeter un œil sur la construction des résumés d’œuvres réputées, ou que tu as achetées à cause de cela 😉

 

Bon, maintenant qu’on a parlé de l’aspect technique, que dire du contenu du résumé ? On a… une terraformation de Mars, une séparation soudaine avec la Terre et une crise pour fini : c’est classique, surtout que je viens de lire Red Rising et Aldnoah Zero, mais ça me plait bien. Tu as de bons ingrédients, comme une nouvelle planète, à toi de voir quel plat tu veux nous concocter pour sortir du lot, mais n’hésite pas à tracer ta voie et à ne pas sous-exploiter ton univers qui peut faire très manichéen et plat sur le papier. (j’en reparle juste après !)

Un autre bon point, osé : tu as une femme pour héroïne principale ! Pour éviter qu’on ne la compare que trop à Katniss, Triss ou Erza, là aussi je te donne des conseils dans la partie Personnages, mais il est simple de rapidement tombé dans le cliché de l’héroïne à la plastique parfaite, comme sa tenue d’épais. Les femmes sont des êtres encore plus complexes que les hommes, ne l’oublie pas.

 

  1. Chapitre 1

Ce chapitre est pour moi à réécrire en grande partie afin de le dynamiser et distiller uniquement les informations primordiales. Pour résumé, c’est l’héroïne qui regarde la mer et soudainement elle se raconte à elle-même toute L’histoire de sa planète… D’un point de vue mise en scène c’est facile et du coup creux, car certes j’ai très rapidement tous les fils conducteurs principaux, mais je trouve ça trop indigeste et beaucoup d’informations ne sont même pas nécessaires pour la compréhension du scénario actuelle. En plus nous balancer tout ça dès le chapitre 1 j’ai l’impression que tu veux t’en débarrasser comme ça j’ai les bases et maintenant tu peux raconter l’histoire. Sauf que ton Lecteur s’il n’accroche pas dès le début bah il ne lira pas ton chapitre 2.  Bien que ça montre une certaine maitrise de ton univers et de son histoire, j’ai rapidement eu l’impression que tu faisais se succéder des pages de ses fiches WB et personnages limite en copié-collé. Du coup on a un patchwork étrange où on passe de la géopolitique à ce que pense l’héroïne de son père par exemple. Et dans le même temps, tout ce que s’est passé dans le passé, à part l’éviction d’Aya et l’attentat sur le paquebot, n’a d’impact sur le réel. Par exemple, tu dis que nous sommes en potentiel temps de guerre et que l’héroïne se rend dans un lieu où a eu lieu un attentat. Et bien là, au lieu de me raconter l’attentat dans le détail, pourquoi ne pas avoir fait une simple scène où on verrait des gardes en uniforme qui contrôlerait tout le monde et prendrait un gars sous motif qu’il est suspect ? Ça ferait une scène de tension qui montrerait rapidement : 1.l’aspect tyrannique, quasi proche de l’URSS, des forces impériale (dont tu parles mais qu’on ne voit pas) 2.on pourrait apprendre de façon plus subtile pour l’attentat, car tu ne nous aurais pas dit mais montrer : les américains disent « show and tell » ; montrer une action d’un paragraphe et ses conséquences a plus d’impact émotionnel qu’une succession de pages en parole rapportée, qui a très peu d’impact à part de vite ennuyer le lecteur, car le rythme ne change pas.

  1. Chapitre 2

Comme pour le premier, j’ai parfois eu l’impression d’avoir un cours d’histoire-géo, sans que ça ne soit effectif dans l’action présente… Exemple : « Il lui avait, entre autres, enseigné les quatre langues principales parlées sur Mars, qui découlaient directement des légendaires fondateurs de la Terraformation, sur la Terre. Il s’agissait du Français, de l’Anglais, de l’Allemand et du Japonais. Bien qu’il existât des dizaines d’autres langues, toutes originaires de divers groupes ethniques de la Terre, chaque personne sur Mars parlait obligatoirement l’une de ces quatre langues officielles. Chaque école sur tout le territoire de la Souladie enseignait l’une d’elles, mais, en tant que Princesse, il était de son devoir de les connaitre toutes les quatre.

               Les langues n’étaient pas officiellement fixées à certaines régions, mais plutôt mélangées, à l’instar des origines ethniques, comme un gigantesque melting-pot. Il n’était pas rare de rencontrer une personne de type Asiatique ne parlant que l’allemand, ou un Caucasien incapable de s’exprimer autrement qu’en Japonais, par exemple. En général, chaque individu parlait au moins deux langues. »

A-on besoin de deux de paragraphes juste pour nous parler des langues ? C’est un point intéressant, mais à nouveau tu nous parles de melting-pot sans nous le montre : la ville où se trouve Aya est un petit paradis où les habitants des différents régions se retrouvent, n’est-ce pas ? Alors pourquoi on n’entend pas d’autres langues ou ne voit-on pas d’autres personnes tout court ? Même sur le paquebot, l’annonce est seulement faite en français.

Les seules fois où on sous-entend des gens dans le cadre, c’est par des murmures ou des interrogations en parole rapportée. Même quand Aya va chercher le journal, elle n’a aucune interaction. N’aurait-ce pas été intéressé d’avoir un vendeur qui ne parle que japonais par exemple et de montrer l’habilité d’Aya pour cette langue ? Nous sommes sur une station balnéaire, alors tout devrait être dans les quatre langues et il devrait y avoir des enfants, du monde, de la vie. Je n’ai pas eu cette impression, ce qui me laisse perplexe sur le melting-pot, mot encore une fois lancé au visage du lecteur gratuitement.

Heureusement dans ce chapitre on a enfin le droit à un nouveau personnage : Maurice. Problème, tu en dis de nouveau trop mais ne montres rien à son sujet. Pourquoi ne pas avoir décrit le bureau de Maurice et à travers cela nous raconter Maurice… Fin il y avait d’autres choses à faire, surtout que comme pour la description de la ville, le manoir porte juste la fonction de lieu, mais on ne ressent pas un attachement particulier d’Aya à cet endroit qui est son petit coin de paradis à elle…

Autre problème de cette la description d’Aya : étant donné qu’on est sous le point de vue d’Aya, c’est impossible qu’elle parle d’elle comme… Un mec X) Puis son attitude : on nous décrit l’héroïne comme une femme forte qui très jeune se liguait contre son père pour protéger le peuple. Et là, dès l’incipit elle pleure ? Si elle est devenue assez forte pour tenir tête à un tyran et même jouer les négociatrices avec un état entier, ne devrait-elle pas être plus endurcie. Surtout que mêler les larmes à une description très sexiste renvoie un message malsain : les femmes sont des êtres faibles, qu’on ne juge que sur le physique, car au final c’est seulement sur le physique de son maître l’a jugée.

Plus tard, Aya dit que les rues lui sont chères mais au final elle ne décrit rien de particulier. On n’a aucune description méliorative de la rue ou d’un élément en particulier qui nous ferait comprendre pourquoi ça l’a marqué car justement la seule chose qui décrit la rue dans ton texte c’est « la rue ».

On nous parle d’une station balnéaire avec plein de monde. Je n’ai aucune sensation de foule

« Elle lui raconta le souvenir » ; pourquoi ne pas avoir raconté le souvenir directement. Tu essaies de mettre des techniques narratives des manga en roman mais ça ne colle pas

Au sujet des ragots, la fille du Tsar est dans le restaurant et ils parlent en mal de son père comme ça ? Et même s’ils ne l’ont pas vu, avec les récents événements, les habitants n’ont-ils pas peur que des gardes impériaux en civil se cachent parmi eux ? À nouveau aucune tension

Jack n’est pas un serveur commun mais quelqu’un qu’elle a l’air de connaître. Pourquoi ne pas l’avoir décrit ? Je n’ai vue aucune complicité. Pareil, tu nous dis qu’ils sont connus mais personne ne les a interpellés dans la rue ou au resto. Ils n’ont même pas eu droit à un accueil particulier. Surtout que tout le monde sait qu’Aya est la fille du Tsar, a priori.

Par la suite, vient la scène de « présentation des protagonistes ». J’ai trouvé ça trop peu subtil. Pourquoi nous dire pour chacun ce qu’ils étudiaient, leur couleur de cheveux etc. Comme pour Maurice, si tu veux nous faire aimer un personnage, tu devrais nous montrer en quoi il est appréciable et non pas nous dire « lui c’est le rigolo de la bande », par exemple. Le meilleur moment était la partie avec Owen, car au lieu de seulement rester sur le fait qu’il fasse des caricatures, tu l’as tout de suite mis en scène. D’un point de vue scénaristique, j’ai parfois l’impression que tes personnages ne sont que des outils, d’où le fait que les badauds ne soient jamais entendus, mais du coup tu ne mets jamais en scène ces derniers.

D’autres incohérences se cachent dans le récit, comme le fait que la princesse a eu cours en primaire avec des gens du peuple ? Vu le caractère de son père, c’est impossible. De plus tu dis qu’ils ont fait toutes leur classe ensemble. Mais elle a même dit avoir passé pas mal de temps loin de l’île et tu nous décris des événements passés où elle était près de son père. Je pense que tu devrais mettre en place une fris chronologique pour éviter de te perdre, car même si l’histoire se passe « en des temps immémoriaux » pour le lecteur, tu dois mettre en place une temporalité pour qu’on puisse situer les événements. De plus avec ton système d’année deux fois plus long sur mars, je te donnerai mon avis dans la partie univers à ce sujet, tu dois encore plus faire attention à cette question de la position des actions dans le temps.

Donc, pour moi ce chapitre, comme le premier, a les éléments pour être plus impactant, mais ton style très « factuel »ou monotone de narrer fait que rien ne nous marque vraiment, sauf le passé.

  1. Chapitre 3

Il y a du mieux, sans doute car on voit un peu plus l’héroïne interagir avec son univers. J’ai même trouvé intelligent l’utilisation du bus pour nous apporter des précisions sur la technologie de ton monde : c’était plus subtile et mieux inscrit dans le récit que de grandes parenthèses qui vont casser le rythme du récit, déjà très lent car à son début.

Cependant, puisque l’héroïne interagit, pour moi, cela a mis en évidence un problème que je détaillerai davantage dans la partie Personnage : la caractérisation de tes personnages, surtout d’Aya. Je l’ai soulevé déjà lorsque j’évoquais sa réaction quasi amorphe en entendant les craintes de son peuple, mais ça s’est confirmé avec ses amis : la Aya du présent ne peut pas réagir comme elle le fait au vue de comment tu nous la décris et de ce qui semble l’attendre. Et du coup, il y a eu quelques erreurs de scénarisation dans ses réactions avec Nazuki et ses amis. Dans le bus, son amie n’est pas bien et Aya devrait être préoccupée, ou au moins éviter d’évoquer l’incident du paquebot, surtout qu’elle est la future reine et doit donc incarner le rôle de protectrice du peuple. Elle fait tout le contraire et balance dans le bus, donc pour le chauffeur aussi, TOUS les tenants et aboutissants autour de l’attentat. Elle est trop immature dans ses réactions par rapport à ce que tu nous as dit d’elle et j’ai du mal à croire qu’elle pourrait être apte à négocier avec le pays voisin…

Donc, pour moi, cet incipit se rapproche plus d’un travail de pré-écriture, car tout est résumé, passé brièvement sans un réel impact émotionnel et ton style très factuel de raconter n’aide pas à totalement accrocher. Et c’est dommage, car tout cela est très intéressant et on sent un réel travail. Mais j’ai trouvé la scénarisation et ta mise en scène, par exemple dans le bar avec la présentation des amis, absente, voire fainéante par moments. Or tu as les idées : mets-les juste en scène pour nous impliquer émotionnellement 😉

 

2 • L’univers

L’univers et son histoire sont les deux forces majeures de ton récit, car la partie que tu sembles le plus maitriser et le plus avide de nous montrer. C’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle j’ai vraiment accroché à ton histoire et ai continué malgré tout. Bien que ce soit fait de façon maladroite, tout semble avoir un sens, une place, du coup on a très vite une peinture générale et on se laisse embarquer. Problème : comme pour le scénario, j’aurais aimé voir les conséquences de toutes les informations passées sur le présent. Par exemple, les conséquences de l’attentat sur la station balnéaire : il y a eu une attaque terroriste et les gens vont-et-viennent comme si de rien n’était ? Tu devrais te renseigner sur toutes les mesures anti-terroristes mises en place par les états, comme l’état de guerre ou d’urgence (en France, d’ailleurs), car ça ne tenait vraiment pas. De même, tu nous dis que le roi est un tyran, mais tout le monde peut le critiquer librement sans craindre d’être arrêté ? Et enfin, ta princesse connue de tous vient d’être démise de ses fonctions, elle se rend dans son coin préféré de la planète où tout le monde la connait, mais personne ne la remarque… C’est ça qui pêche selon moi pour l’univers : tu as les bons ingrédients, mais ils ne servent qu’au passé. A l’instant T, je n’ai pas eu l’impression d’être en temps de guerre ou qu’une menace pouvait éclater à tout instant.

Comme  les point noirs de ton univers sont liés à ta narration, je pense qu’en résolvant les cas évoqués dans la première partie tu seras à même de rendre plus vivant ton monde.

Mais avant de clore cette partie j’aimerais te donner un dernier conseil : exploite au maximum ton monde. Et par-là, je ne sous-entends pas la vie sur la planète ou son histoire, mais la planète elle-même. Nous sommes sur Mars… Où sont la pesanteur ? Les potentielles mutations génétiques ? Certes, nous sommes au début du roman, mais à part un sable rouge qu’on oublie très vite, à aucun moment je me suis senti sur autre chose qu’une version alternative de la terre. Et du coup on se demande si choisir Mars pour cadre n’est pas juste pour faire jolie. Là aussi, je pense que tu devrais te renseigner davantage sur la terraformation qui apparaît trop ici comme quelque chose de magique et parfait ainsi que des différentes théories au sujet de la vie sur Mars.

 

3 • Les personnages

Nous avons vu le scénario et l’univers, on ne pouvait pas laisser de côté les personnages. Tu as du le sentir en lisant la première partie, mais je ne me suis attaché à aucun personnage. Mais comme on est au début ce n’est pas un souci. Le véritable hic est la raison pour laquelle je n’accroche pas à tes personnages : ils sont unidimensionnels, voire quasi fonctionnels pour certains. Qu’est-ce que je veux dire par-là ? Prenons ton héroïne : tu prends le temps de la décrire comme un héros féru de justice mais a chaque fois  que l’on évoque les peurs du peuple, elle est amorphe et continue sa route ou son assiette. Pas même un rictus, un regard, rien. N’a-t-elle pas été reniée par son père justement parce qu’elle passe son temps à s’intéresser aux problèmes des autres ? Pourtant, j’ai eu longtemps l’impression, surtout quand on nous dit qu’elle était connue, qu’il y avait les personnages de fonds qui n’existent finalement que sous forme de murmures et les protagonistes qui prennent vie au contact d’Aya ou pour que l’histoire avance. Si on était dans un jeu vidéo ça pourrait marcher, mais dans un roman, tout le monde compte, comme dans la vie réelle : si un martien évoque sa peur de la guerre, pourquoi Aya ne pourrait pas rebondir sur cette remarque et au moins prendre en pitié son peuple, ou jurer intérieurement ?

Dans ce même ordre d’idées, tu traites tes protagonistes inversement : en nous noyant de beaucoup trop d’informations d’un bloc. L’exemple le plus flagrant est Maurice : tu nous le décris physiquement et psychologiquement, mais rien n’a réellement transparu dans toutes ces interactions. A nouveau show mais dont tell : Maurice est un puissant guerrier ? Fait-le affronter à un moment un ennemi ou fais-lui affronter l’héroïne. En parlant de Maurice, bien qu’il se dise père de substitut pour Aya, il la décrit comme une fille bien faite. En plus de renvoyer un message sur la façon de voir les femmes, à lire plus bas, ça casse totalement avec l’image totalement vertueuse de Maurice.

Je ne reviendrais pas sur l’introduction des amis d’Aya, mais là aussi j’ai été choqué par l’aspect très fonctionnel de chacun : l’intello, le leader-rigolo de service, le taciturne, la meilleure amie… Nos amis sont-ils vraiment uniformes ?

Pour conclure cette partie, je pense que tu devrais réaliser des fiches personnages avec des anecdotes, des personnalités et surtout autre chose qu’une description physique, un portrait moral et un ou deux hobbie. Ça te donnera plus de contenu pour de potentielles quêtes annexes, et ça évitera que Zhira, juste parce qu’elle aime l’histoire, serve d’encyclopédie vivante à chaque fois que tu voudras introduire un point de l’histoire.

4 • Le fond

Booooon, je te préviens, cette partie est celle qui compte le plus pour moi dans l’appréciation d’une œuvre, car on ne peut pas juste poser des mots sur une page word sans penser en amont à son impact sur son lectorat, aussi vaste soit-il. Mais du coup, de quoi parle Chroniques des Trois Mondes ? Selon moi, ton œuvre se veut être une ode à la justice et potentiellement aux valeurs de la république. Nous avons en tout cas tous les éléments pour : une guerre froide entre deux blocs avec deux systèmes et deux monarques différents, un personnage qui est né dans un des blocs et va finalement aider l’autre. Tout cela est très classique et a été vu maintes fois. SAUF QUE, avec la Terreur Bleue, qui pourrait d’ailleurs donner un message fort et en lien avec l’actualité, tu peux potentiellement faire un pied de nez au schéma classique de « autocratie contre démocratie ». En effet, les deux contrées vivent dans une harmonie tenue, mais conservée jusqu’à l’arrivée de la Terreur Bleue. Et du coup, la question n’est plus « le meilleur système politique est-il celui qui laisse la population la plus libre possible ? », mais « Et si le meilleur système politique était celui qui protégeait au mieux sa population ? » A ce moment, le vrai combat n’est plus contre l’autre, mais contre une force indomptable incarnée par la Terreur Bleue qui pourrait être la personnification même de l’Histoire et de sa faculté à créer un quasi cycle de l’évolution des pays : les meilleurs systèmes sont ceux qui demeurent malgré le temps. Mais tout cela n’est que mon avis et je te laisse libre d’en faire ce que tu veux, car ça demanderait de modifier la fonction de la Terreur Bleue, sa présentation  ainsi que sa genèse trop « déjà-vus ».

En effet, j’ai bien peur que tu ne diriges dans une direction déjà trop bien connue des amateurs du récit épique/de guerre et donc délivrer un message équivoque. Comment faire pour sortir de cet écueil ? Soit plus subtile et en crée pas de personnages unidimensionnels. Par exemple, le Tsar est présenté à chaque fois comme le méchant fou et maniaque qui peut à tout instant appuyer sur un bouton et détruire la planète. Moi je le vois surtout comme un leader qui décide de tout mettre en œuvre pour protéger son peuple, afin qu’ils ne subissent pas la perte d’un être cher comme lui, quitte à donner son âme au diable. Et là, tu amènes le lecteur à se poser une question rarement posée : jusqu’où doit aller l’état pour protéger son peuple ?

Mais c’est trop tôt pour juger le fil rouge de ton roman. J’aimerais surtout m’arrêter sur trois messages qui m’ont paru dangereux à délivrer aux lecteurs et que je ne te conseille pas de laisser ainsi :

  • L’image de la femme : tu as pris le risque de prendre une héroïne, why not. Mais vas jusqu’au bout du process et demande-toi « est-ce qu’une femme réagirait réellement comme ça ? Aimerait qu’on parle d’elle comme ça ? » Prenons le passage qui m’a le plus choqué : les retrouvailles avec Maurice. On nous dit qu’il est un père pour Aya. Du coup, forcément il fait la remarque de « tu es devenue une vraie femme ». Et là ! Au lieu de mettre en avant, son maintien général ou le fait qu’elle semble avoir mûri juste par son regard, ou qu’il sent, comme tous les maîtres, que l’élève a grandi. Non, tu mets en avant sa poitrine et ses fesses. J’ai trouvé ça…beauf. Sans doute suis-je dur, car je suis pro-femme, mais même en tant qu’homme je n’aimerai pas qu’on jauge ma maturité sur la taille de mes mollets, des biceps ou de mes pectoraux, car que faire des femmes sans poitrine ? Ce ne sont pas des femmes ?

Encore à ce sujet, Aya et Nazuki disent parler souvent etc. Fine. Mais que sait Aya sur son amie : comment ça se passe avec son copain. Et ses études ? La vie ? Elle n’en sait rien et est même étonnée de voir son amie effondrée. Ici je grossis le trait, mais fais attention à ce genre de détails.

 

  • Le deuxième message dangereux est pour moi « nous sommes tous dans des cases ». En raison de l’aspect très uniforme de tes personnages, et surtout des amis d’Aya, on en vient à délivrer un message réducteur sur les Hommes : nous sommes tous animés par un seul trait de caractère et un hobbie ou deux, on peut donc nous ranger dans des cases. Je t’ai cité l’exemple de Maurice et Zhira, mais je crains que même pour la Terreur Bleue ou le Tsar tu n’aies pris ce chemin simple où chaque être a une fonction et toute sa vie il n’en changera pas

 

  • Et ce deuxième point m’amène au dernier : le côté manichéen de tes personnages. Je m’en suis rendu compte en relisant ton œuvre, mais ça m’a réellement frappé en voyant la description de Maurice comparé à tous les pics que recevaient en permanence le Tsar : tes protagonistes sont tout noir ou tout blanc. Aya n’a, d’ailleurs, qu’un seul défaut de donner : elle passe très peu de temps dans la salle de bain. On a donc une héroïne décrite comme parfaite physiquement et mentalement face à un Tsar qui est fou à lier, méchant et cruel. Le monde est-il réellement ainsi ? N’a-t-on qu’une seule facette et donc le choix entre un camp ou autre ? Je laisse cette question en suspens et te renvoie à la partie personnage pour connaître mon avis là-dessus 😉

5 • La forme

Bien que je l’aie pas mal évoqué dans la Partie 1, ton style ne m’a pas plu pour son aspect trop factuel et pas assez incisif. A plusieurs moments, tu aurais pu creuser davantage la scène ou la réaction d’un personnage, mais ça n’a pas été fait. Pareil, il y a beaucoup trop de paroles rapportées et tout ce qui tient au passé nous est jeté à la figure trop rapidement, sans qu’on en voie l’intérêt, car n’est pas plus utilisé que ça. Je pense que tu devrais faire passer un temps sur la réalisation d’un plan détaillé de ton œuvre, mais aussi par chapitre pour te poser la question : quelle est l’information importante de cette scène ? Ainsi, tu sauras comment montrer les choses plutôt que de les dire. Je ne te reproche pas de prendre ton temps, au contraire, car ce genre l’oblige. Mais de peut-être mieux l’utiliser : instaurer une histoire peut être fait de façon très fun si tu te cherches à nous impacter avec chaque élément.

 

Conclusion

On ne dirait pas, mais j’ai bien aimé te lire. Bien qu’il comporte des défauts, on sent que tu as travaillé dessus et que l’univers regorge de trésors. Mais avoir un bon concept ou une idée ne suffit pas : il faut prendre le temps de chercher à bien exécuter les choses. Or, j’ai souvent eu l’impression que tu improvisais ou alors que tu reprenais des choses déjà-vu sans t’en détacher, style la randonnée entre amis qui va sûrement mal finir…

Tu as des inspirations manga très prononcées et cherche à les instaurer dans un univers romanesque. Why not ! Mais étant donné que tu passes d’un support à un autre, tu dois aussi faire un travail d’adaptation des codes pour qu’ils soient lisibles pour le lecteur.

Enfin, que ce soit pour un manga ou un roman, étant donné que tu parles de politique, d’espace, terraformation et autres, tu devrais faire des recherches documentaires. Pas forcément pour les inclure brutes de pomme dans le récit, mais juste pour tester la vraisemblance de ton récit et de tes concepts.

Je serai ravi de te lire à nouveau, mais pour moi cette version de Chroniques des Trois Mondes ne mérite pas encore sa place chez Plumavitae.

Kev’Angi

 

Catégories : Plum'Analyses

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