En complément de la version audio, retrouvez juste en-dessous la fiche critique plus détaillée à partir de laquelle j’ai réalisé cette vidéo. Bonne écoute et bonne lecture.

Fiche Critique – Miss Fancy

Salut, Anna ! J’espère que tu vas bien ! Comme promis, en plus de la vidéo, tu vas recevoir une version écrite et plus approfondie que l’audio, car sinon ça serait trop long. J’espère que cette fiche, plus mes notes et la vidéo t’aideront car j’ai vraiment apprécié ma lecture, même si je lui trouve quelques défauts, et je pense qu’elle a le potentiel pour être une œuvre sympa qui pourrait lancer ta carrière et une série d’œuvres plus ambitieuses, car tu as clairement le talent pour !

Allez, j’arrête de te lécher les talons et on est parti !

Ps : comme le ferait un éditeur, et pour des raisons logiques, j’ai jugé l’œuvre avec le regard de ta potentielle lectrice et non pas avec mon regard d’homme d’une vingtaine d’années 😉

1 • Le Scénario, le titre, le résumé

Que dire du titre… Il annonce clairement la couleur : on va suivre une fille qui se croit déjà au 9è ciel à se faire courtiser par tous les playboys de la planète, le tout entre deux compétitions de pom-pom girl. De plus, l’univers étant américain, plus particulièrement tiré du teen movie ou serie, ça pourrait clairement être le titre que choisirait une boîte de production : simple à retenir, définit le personnage principal et peut même inspirer des filles. Bon, j’avoue j’aime beaucoup les titres US, surtout qu’en français le tien serait moins class.

Après, je pense que ce titre comme le résumé (j’y viens) peuvent rebuter des lecteurs au-delà de 10-13 (15 max ?) ans, car personnellement quand je l’ai vu ça m’a fait penser au nom d’un spin-off sur Sharpey de High School Musical ou de toutes les pestes de série de ton choix. Sérieux, je vois même des passages musicaux quand elle se plaint haha. Mais je me devais de lire la 4e de couverture pour m’en assurer.

Que dire du résumé… Il est trop classique et même te desserre, car on y trouve la réponse de ton histoire. Moi j’aurais joué sur le ton inverse, comme dans ton roman : Chelsea doit nous donner envie de suivre sa vie de peste et nous prouver qu’elles ont une utilité, car le coup de la peste qui s’assagit on le connait déjà. Et ta phrase de fin nous le prouve : un nouveau arrive et chamboule son monde et elle compte tout abandonner pour lui. Donc au final ce n’est pas une vraie peste ? Tu vois ce que je veux dire ?

Pourquoi ne pas prendre le chemin inverse pour la dernière phrase : un nouveau Badboy arrive et veut la mettre à terre. Mais Chelsea n’est pas comme toutes les pestes des séries télés et va le lui prouver. Et là, tu m’intéresses, car au lieu d’amener un personnage vers la sagesse, on va se préparer à suivre une peste comme on en a plus vu qui va s’assumer dans son rôle, même face à l’amour (je suppose). Mais ça demanderait sûrement de réarranger un peu l’histoire et les péripéties de notre Miss Fancy.

En parlant de l’histoire, c’est parti !

L’histoire globale est plus que cohérente, car suit un schéma déjà arpenté et pas trop risqué : on suit la riche Chelsea dans son lycée en compagnie de ses amis tous aussi riches dans leur dernière année. Mais alors que tout le monde voit Chelsea comme la terreur du lycée, on se rendra compte au fil des pages que sous sa couche de maquillage de veste en Prada se trouve un cœur. Si on s’arrêtait à là, je pense que ton livre passerait inaperçu. Pourtant, comme je te l’ai dit plus tôt, dès le début de l’histoire, même si après on se rend compte que non, tu nous présentes Chelsea comme une personne qui sait qu’elle est un stéréotype et que son rôle compte son lot de désavantages, comme le regard des autres. Est-ce qu’elle s’en plaint ? Jusqu’au chapitre 9, non. Et c’était jouissif parce qu’elle ne subit pas son rôle de reine tyrannique du lycée : elle l’embrasse et y va à fond, car considère que sans les filles comme elles le monde ne tournerait pas rond. C’est nouveau et c’est frais !

Sauf que dès le chapitre 9 et 10 on commence à voir les failles du personnage qui va jusqu’à s’effondrer sur fond de pluie… J’ai trouvé ça trop tôt. Tes chapitres sont très courts et du coup, à peine a-t-on vu Chelsea draguer un inconnu dans le couloir et en pousser une autre, on la voit pleurer dans sa chambre, en 24h !

Donc ouais, l’histoire globale est cohérente, mais quand on regarde dans le détail, on passe trop vite d’une scène à une autre à la manière d’une série télé avec des épisodes. C’est sûrement à cause du format Wattpad, ou ton envie de coller aux séries jusqu’au bout, mais on arrivait vite à un schéma par chapitre : un lieu, une action, des personnages, puis chapitre suivant. Du coup, oui ça va vite, mais un peu trop pour qu’on croit à la peste Chelsea plus de trente secondes ou encore que l’on retienne vraiment le nom de tous ses amis, moins grave mais bon. Le point fort de ton histoire, à moins que tu n’innoves réellement par la suite, ce sont les personnages. Or, ici, ils sont un peu sacrifiés. De plus, si dès le chapitre 10, soit moins de 40 pages on voit déjà les failles du personnage, ça va atténuer tous ses mauvais coups et l’intrigue va perdre en intérêt, car tu nous as promis de suivre une peste qui s’assume. Pas une énième peste en carton qui en fait à un cœur. Surtout que dans ton résumé, tu semblais dire que c’était le badboy qui allait déclencher son changement de comportement, même si là où j’en suis on ne sait pas encore pourquoi. Après, je pense que si tu vises les 10-13 ans, ça devrait le faire, parce qu’au-delà je ne sais pas si les lectrices accrocheront. Si tu peux connaître l’âge de la majorité de tes lectrices sur Wattpad, ça peut être intéressant de leur demander s’ils ne trouvent pas cela trop déjà-vu, voire pourquoi ils te lisent justement. Tu as l’air proche d’eux, alors profites-en 😉

J’y reviendrai dans la partie forme et fond, mais je trouve que tu as souvent su trouver les bonnes phrases pour m’accrocher l’œil, preuve que tu sais quel genre d’histoire tu racontes. On a parfois le droit à des métaphores sympas qui prêtent même à réfléchir sur notre vision du monde à l’adolescence. Tu as même réussi à me faire rire avec ta plume franche et peste ! Bien joué ! Ma blague préférée : Ce n’est pas si compliqué de me trouver une tenue. Il faut juste qu’elle soit assortie avec mon teint, mon humeur du moment et les lieux où je compte aller.

Cela prouve ce que je te disais : on veut voir une peste qui s’assume, pas une gentille fille qui joue aux tyrans et abandonne son rôle dès qu’un mec passe. Elle en a plein derrière elle !

Si on rentrer davantage dans les détails, je n’ai trouvé que quelques incohérences ou remarques à ajouter :

  • En page 5, Chelsea met Work d’Iggy Azalea. Que voulais-tu montrer dans ce choix de chanson ? Oui, tu vas te dire que je vais loin, mais si ton roman est finalement un copier-coller d’une série typique américaine, la chanson doit avoir un rapport avec la scène. J’ai donc cherché les paroles et Iggy explique, en gros, qu’elle était une fille de ghetto qui a travaillé pour éviter de finir prostituée et que maintenant qu’elle est au sommet elle doit travailler toujours plus dur, comme toujours. Je n’ai qu’une seule explication, car Chelsea c’est tout l’inverse : elle est riche grâce à ses parents et a des facilités en cours qui font qu’elle peut même se permettre de ne pas les suivre (on y reviendra) : comme la plupart des riches filles qui ont tout, Chelsea rêve d’une vie de bandits où elle doit se battre chaque jour pour survivre dans un monde de requins, une vie plus excitante, quoi. On le voit dans son choix de se mettre dans une relation particulière ou encore dans ses « principes de cheerleaders ». Elle aime le risque.
  • Pendant la soirée, Chelsea et Jack sont tous sauf discrets alors qu’ils devaient l’être. Du coup, tu as une scène improbable où ils se font presque des préliminaires devant tout le monde et tu te demandes comment sa copine ne les a pas encore grillés. Peut-être que tu devrais faire en sorte qu’ils se lancent des regards pendant le jeu puis ils s’éclipsent l’un après l’autre. Et du coup la scène du baiser du chapitre 9 doit être enlevée je pense

Au final, que dire de ton scénario ? Pour moi il a tout du téléfilm Disney Channel ou Nickelodéon. On a un personnage que le spectateur va détester au début, puis qui va révéler ses qualités humaines à cause d’un autre personnage et il va lui arriver des malheurs qui vont le changer. Est-ce un mal ? Non, pas du tout, car tu le fais à ta manière. Je pense juste que si tu veux être publiée tu ne dois pas écrire comme si tu écrivais sur Wattpad, mais comme un roman dans sa globalité avec un début d’intrigue, un développement et une fin sans te perdre, car j’ai repéré pas mal d’intrigue et sous-intrigues en quelques pages :

  • Chelsea et son diplôme
  • Chelsea et les cheeleaders (donc sa relation avec Autumn)
  • Chelsea et sa relation avec les professeurs
  • Chelsea et sa potentielle relation amoureuse
  • Chelsea et sa relation avec les autres étudiants
  • Chelsea et sa relation avec ses parents (peut-être)
  • Chelsea et sa relation avec Walt

Après, peut-être que j’en vois trop haha. Mais tu vas devoir faire des chapitres un peu plus longs que juste un dialogue pour ensuite avoir un autre chapitre la seconde d’après mais dans le couloir comme ça a été le cas. Il faudrait que tu te poses et te demandes vraiment quelles sont les intrigues que tu souhaites développer et comment dans ton scénario ça va se dérouler pour éviter que l’on ait des intrigues oubliées ou bâclées. Enfin, comme dit précédemment, tu ne sembles pas vouloir révolutionner le genre, mais juste proposer une lecture sympa qui se lit bien et sans prise de tête dans un univers que la lectrice connait bien, alors ça fait le café pour le moment. J’espère que la suite aussi !

Passons du coup à l’univers.

2 • L’univers

Au sujet de l’univers, ici on n’est pas dans un monde fantastique avec des milliards de lignes pour t’expliquer comme ça marche. C’est simple, dès les premières pages, tu nous fais bien comprendre que s’il existait un royaume des séries télé US pour ados avec des pestes, Miss Fancy serait la reine des pestes et la formatrice d’une armée de blondezilla. Quant à son monde, il serait la capitale de ce royaume : la peste est riche, a une femme de ménage issue des minorités, des parents absents, des frères avec lesquels elle ne s’entend pas bien, des marques qui lui courent après, comme des milliers de followers sur Instagram. En plus, c’est la chef des pom-pom girls et elle a une porsche 911. Et le plus drôle, c’est qu’elle dit se rendre compte qu’elle est clichée. Du coup, j’ai cru qu’on allait avoir un personnage à la Deadpool, mais en blonde. Raté. Mais tu as fait mieux : tu as parfaitement dépeint le système scolaire américain, comme un état dans l’état. On a les cool, les sportifs, les moins cool qui font partie du décor, les profs, dont un qui parle français et qui fait rêver l’héroïne, et enfin on a les cheerleaders. En parlant des cheerleaders, on a vraiment ce côté politique à l’américaine qui ressort : il y a des principes, un genre d’éthique dont je parlerai dans la partie fond, et même des élections, comme dans un parti politique. De plus, si Chelsea n’arrive pas à avoir une équipe complète, elle sera vue comme une mauvaise leader et la honte tombera sur elle, car le club de journalisme fera en sorte que ça se sache. On est dans un état que Chelsea dirige pour son dernier mandat scolaire d’une main de fer et on la voit perdre en puissance.

Que dire ? Il y a tellement de messages que tu pourrais nous transmettre juste par la description et l’utilisation de ces différentes castes scolaires, mais à nouveau ça te demanderait, sauf si je me trompe, de revoir la longueur de tes chapitres.

Là où je me suis arrêté, on n’a pas encore eu droit au groupe des intellos et des bad boys en moto, mais ça ne devrait tarder je suppose ?

Petit bémol : à la différence des séries dont tu sembles t’inspirer, les réseaux sociaux semblaient inexistants. Sauf que si on est au 21e siècle, on doit faire attention à sa e-réputation et à ce que les gens disent sur nous aussi sur internet. Si tu avais pris cela en compte, je pense que l’incohérence avec Jack n’aurait pas eu lieu, car qui n’a jamais rencontré par hasard un ami ou un gars du lycée pendant un rendez-vous galant ? Le soir-même, la cour entière est au courant.

Juste un petit reproche sur les professeurs qui sont clairement des victimes ou montrés comme les méchants de cet univers. J’espère que comme pour tes protagonistes principaux on aura des adultes avec des messages et des rôles plus intéressants que juste être des gens embêtants, même si ça fait très… adolescent comme vision à nouveau.

Une petite remarque en coupe-vent : parfois, tu oublies qu’on ne vient pas tous de la haute société et décris les maisons avec des architectures précises ou des vêtements aves des langages complexes. Pense à décrire avec des détails ces éléments typiques des riches pour qu’on se les figure bien 😉(Exemple la maison de Tyler)

En définitif, je pense que ton univers, bien qu’à peine développé dans les 10 premiers chapitres, ce qui n’est pas un problème vu ton histoire, tu as de quoi faire ! Chelsea a pas mal d’ennemis, de potentiels alliés et ça peut donner des intrigues en parallèle de celle qu’elle aura avec Zayn. Par exemple, pourquoi ne pas faire en sorte que Chelsea doive trouver une héritière et qu’elle formerait une fille à devenir une peste ? C’est déjà-vu, mais ça peut être très drôle et de nouveau nous faire rentrer dans le monde des pestes : on ne le devient pas facilement, y parait.

Et à nouveau une belle transition : passons aux personnages !

3 • Les personnages

Bon bah, comme dit plus tôt : ce qui m’a fait tenir ce sont tes personnages. Ou plutôt, TON personnage : Chelsea. Je ne vais pas me répéter sur le fait qu’elle ait la panoplie de la peste, de la voiture à la femme de ménage mexicaine, car ce qui m’a marqué c’est son éthique et sa vision d’elle jusqu’au chapitre 9/10 : elle sait qu’elle est le cauchemar de la possible héroïne d’un téléfilm américain qui doit finir avec le mec super mignon du lycée, et elle leur dit : « sans moi, vous n’auriez même pas le droit à un film ! ». Elle embrasse son rôle de peste, se permet tout et est claire : être une peste ce n’est pas juste faire mal aux autres, mais aussi avoir des valeurs et savoir discerner les bons amis des mauvais, comme les bonnes soirées des mauvaises. Elle doit tout faire pour rester au sommet et ses amis sont sacrés. On sort déjà du cliché de la fille qui écrase aussi ses proches. Hormis les gens du lycée qui la déteste, très bonne idée d’ailleurs de leur donner la parole en fond, et son frère, elle traite bien sa femme de ménage et ses amis et eux de même. Encore un autre bon point pour elle : elle ne cherche pas être entourée d’une fille sans valeur comme Autumn, mais de personnes avec une certaine droiture. Elle s’en veut même pour avoir fait mal la copine de Jack.

En effet, même si on pourrait voir d’un regard extérieur la bande Chelsea comme des riches ados insolents, on a rapidement un esprit de meute et de fraternité non-ambigu entre eux : Chelsea ferait tout pour ses amis, les traite bien et voit au-delà de leurs défauts pour aller chercher ce qu’elles sont derrière leur corps bien fait et leurs maladresses qui les rendent moins fortes ou chefs potentiels qu’elle. C’est pour cela que pour moi le chapitre 7 en termes de développement de personnage est le meilleur.

Au final, tes personnages sont intéressants, car ils ne sont pas une masse de maquillage et de muscles, mais des adolescents avec des envies différentes, des projets pouvant même aller à l’opposé de ce que souhaite Chelsea, comme Betsy (pas Besty, comme tu l’écris parfois) qui ne souhaite pas être pompom girl. Après, comme pour le scénario, ce sont tous des archétypes déjà-vus alors essaye de créer des situations dans lesquelles tes protagonistes vont aller au-delà du premier regard que l’on a d’eux pour évoluer et nous marquer, car j’ai aujourd’hui trop peu de contenus à leur sujet pour vraiment parler d’eux. Et si tu veux une idée, fais en sorte que le comportement de Chelsea ait une réelle conséquence sur ses résultats scolaires ou son obtention de diplôme, car elle passe, pour le moment, pour une personne intouchable, parfaite.

Je ne reviens pas sur les adultes : hormis la femme de ménage, tous sont à peine responsables. Même ses parents ne sont jamais là.

J’aimerais juste soulever trois points :

  • La relation avec Jack doit vraiment être plus discrète, car là même un bébé peut les griller : ils couchent presque en public, quoi x)
  • Je ne sais pas si tu as prévu de faire quelque chose de la fille que Chelsea bouscule dans le couloir, mais ça pourrait être intéressant qu’elle devienne un personnage important, voire l’héritière que Chelsea modèlerait
  • La relation entre Chelsea et son frère : pour moi, là tu peux vraiment faire quelque chose de neuf, car d’habitude on a une famille de riche et insolente uniforme, comme Sharpey et Evan mdrr. Ici, son frère ne suit pas la même voie. On pourrait alors avoir un beau message sur ce qu’est la relation fraternelle.

En parlant de message : c’est parti !

4 • Le fond

On devait y arriver : le pilier majeur de ton œuvre. Pour moi, si tu veux que Miss Fancy sorte du lot des livres oubliés l’année d’après, tu dois te demander de quoi tu veux parler au-delà de l’histoire d’une peste qui finalement n’est pas bien dans son rôle de tyran qui saoule tout le monde.

Et à ma surprise, tu sembles avoir conscience, comme dit dans la partie scénario, des limites du message de base, car tu nous jettes à la figure plusieurs punchlines qui j’espère seront développées en réels messages, car il y a de quoi faire ! Voici ce que j’ai noté :

Les apparences sont trompeuses : j’évacue celui-ci car c’est le plus simple. Que ce soit à travers l’histoire de Chelsea ou même de ses amies, on se rend compte que tous sont plus que ce qu’ils laissent transparaître.

Allons vers les plus intéressants :

Les relations homme/femme : bah écoute, bravo. Que ce soit avec Jack d’un côté ou Tyler et Lonnie, de l’autre, tu nous montres avec intelligence deux types de relations homme/femme auxquels on peut avoir à faire face pour la première fois quand on est ado.

  • Jack ou la relation toxique : Jack n’est pas un prince charmant en veste en cuir, mais un manipulateur de première. Plus que de vouloir une relation non officielle, au déplaisir de Chelsea qui a des principes clairs, il trompe sa copine, car elle ne veut pas coucher avec lui. A ça, je ne peux que t’applaudir. Qui dit adolescence dit amour donc sexe. Parfois, juste se mettre en couple avec quelqu’un de bien peut être complexe, car on aime qu’un certain type de personne et celles-ci ne nous veulent pas toujours du bien. Et enfin, surtout pour les filles qui aiment les hommes plus vieux généralement, vient la question de la sexualité. Bon, Chelsea ne déroge pas à la règle : en plus d’être une peste, elle semble aussi avoir perdu sa virginité depuis longtemps. Mais parce qu’elle a cru Jack et son mensonge qu’un jour ils seront ensemble, elle lui a tout donné. Malheureusement, elle n’est qu’un trou pour lui, si je résume, car celle qu’il aime ne veut pas le faire. Eh bien, là je pense que tu devrais revenir sur cette histoire et ne surtout pas laisser ça en suspens, car tu n’imagines pas le nombre de jeunes qui se forcent à le faire parce que c’est la norme ou parce que sinon t’es « pas cool », qui paniquent s’ils quittent le lycée sans l’avoir fait. Ici, que voyons-nous ? Que Jack respecte davantage sa copine vierge que celle qui se donne à tout bout de champ, vu qu’il l’insulte même. Je ne vais pas rentrer dans un débat philosophique, mais quitte à parler de sexe à l’adolescence va jusqu’au bout que juste nous offrir des scènes comme dans les films et évoque le sujet de façon concrète.
  • Tyler et Lonnie, la relation de pure amitié homme/femme, voire fraternelle : on revient de nouveau sur ce que je te disais tout à l’heure. Tes personnages principaux sont la force de ton roman, car on te lit pour les voir, comme pour une série. Et tes lectrices, si elles sont très jeunes, vont les prendre comme potentielles références sur leurs réflexions sur les hommes. Alors quand tu as parlé de Tyler qui était le meilleur ami de Chelsea, j’ai eu très peur. De quoi ? D’avoir comme dans beaucoup de séries cette relation ambiguë entre l’héroïne et son meilleur ami, quand il n’est pas gay : en gros, ils sont faits l’un pour l’autre, mais se voilent la face, etc. Mais non ! Tyler est son meilleur ami, voire son vrai grand frère pour de vrai et ça fait du bien. Tu vas rire, mais les messages qu’il envoie à Chelsea sont parfois les mêmes que j’envoie à ma sœur de cœur (je ne sais pas si ça se dit encore ahha). Je ne sais pas comment ça se passe dans la suite, mais ne change pas cela, s’il te plait ! Tu m’avais conquis avec Tyler, puis vient Lonnie.

A nouveau, grosse frayeur au moment de la voiture : Chelsea est vulnérable et Lonnie en position dominante. Il pourrait en profiter quand elle lui demande de venir à la maison, mais il n’en fait rien. Et pour ça, ça mérite des applaudissements ! Une des plus belles choses que l’on découvre au collège et au lycée c’est qu’on peut construire des relations durables, de confiance, quasi fraternelles avec des gens dont on ne partage même pas le sang. Certains vieillissent ensemble de la maternelle à la maison de retraite et on a besoin de rappeler à nos chers amis les ados qu’une meilleure amie ce n’est pas une fille qu’on kiffe en secret, mais qu’on ne peut pas se faire alors on attend dans la friend zone. Au contraire, il n’y a rien de mieux qu’une amie de l’autre sexe pour se préparer pour le moment on aura une vraie copine ou sa femme qui sont amenées à devenir plus que de meilleures amies. Et idem pour les filles avec les gars.

Et ces premières relations scolaires m’amènent à celles dans la famille : à la différence de bien des séries, on a plusieurs dynamiques chez les Stone.

  • Celle avec Anita, purée même son nom est cliché ahha : on a la maman de substitution. Les parents étant absents, elle est la figure parentale forte de ton histoire. Au départ, j’ai cru qu’elle subirait tous les caprices de Chelsea et de ses frères, comme une simple domestique, mais on voit vraiment une relation mère-fille. Chelsea l’aime, mais profite des moments où elle a le dos tourné ou doit rentrer chez elle pour faire les quatre cents coups. En face, Anita l’aime, mais n’est pas dupe et veut faire des Stone des enfants bien. Je ne sais pas si tu as prévu plusieurs tomes à ta série, mais je pense que ça serait intéressant d’avoir à un moment une confrontation entre Anita et Chelsea sur le fait qu’elle ne soit pas sa mère ou alors entre Chelsea et sa mère génétique. Dans les deux cas, on arriverait à la même conclusion : tout comme on peut avoir des amis qui deviennent des frères, on a tous autour de nous des adultes qui peuvent jouer ce véritable rôle de père et de mère, car on n’est pas parent parce qu’on a un enfant, on l’est quand on s’en occupe. Cette relation viendrait compléter son combat permanent avec ses profs.
  • Celle avec son frère Walt : on est ici sur un combat de valeur. Il n’aime pas comment elle se comporte ou comment elle s’habille, mais à vouloir la surprotéger il ne fait que la pousser davantage à désobéir, comme avec les autres adultes. Walt semble avoir ce rôle de père par substitution forcée : c’est souvent le cas du grand-frère, dans les familles où les parents travaillent beaucoup, riches comme pauvres. Du coup, comme avec Anita, je pense qu’une confrontation pourrait avoir lieu, après un gros coup de Walt pour la tension, afin que notre Miss comprenne que tout ce que veut son frère c’est son bien et qu’il y a des dégâts irréversibles pour les filles qui mènent la fille telle qu’elle le fait qu’il veut lui éviter.

Le milieu scolaire est une société miniature tout aussi dure que le monde des adultes : comme dit dans la partie univers, je pense qu’il y a vraiment quelque chose à jouer, là ! En effet, Chelsea n’est pas un tyran par choix, mais parce que le système veut qu’il y ait des rangs parmi les étudiants, surtout aux USA, et que les riches populaires soient tout en haut de la pyramide. Mais qu’elle que soit notre place dans la pyramide, il y a des choses auxquelles on n’échappe pas : les difficultés scolaires, à s’intégrer, le bizutage ou le harcèlement scolaire. Ouais, plus je réfléchis à ce point et plus je me dis que tu peux écrire autre chose que l’histoire d’une peste malgré elle. Surtout sur ce côté éthique : Chelsea est un leader malgré elle du lycée et incarne une vision brutale de l’école.

J’en ai trouvé d’autres, mais ils ne sont aujourd’hui que des suppositions, comme l’égalité homme femme ou même les droits des femmes.

Pour conclure cette partie, je pense que Miss Fancy porte beaucoup de messages d’entrée de jeu, de façon voulue ou non, mais que si tu passais un vrai temps de réflexion sur ce que tu voulais écrire, le pourquoi de ton histoire, tu pourrais développer de belles choses et faire de ton roman un must pour les petites filles qui rentrent au collège ou au lycée. Mais n’oublie pas les réseaux sociaux, car ils sont inexistants ici !

Mais avant cela, il te faudra régler quelques points sur la forme 😉

5 • La forme

Respire un coup, car on arrive à la fin de notre fiche ! Dans cette partie, je vais revenir un peu plus sur ton style ainsi que sur la forme générale de ton ouvrage. Cela te permettra de voir ce qu’il te reste à travailler, en plus des éléments précédents.

Tout d’abord le style. Tu piques, gifles et tapes souvent là où ça fait mal. Il a ce côté honnête je dirais. Ce n’est pas une adulte qui essaye d’écrire une histoire sur des lycéennes, mais une vraie élève qui a conscience des codes, comme dit dans l’univers, de la façon dont on s’exprime dans la cour comme dans sa tête à cet âge et je pense que c’est ce qui plait à ta lectrice : à part quelques phrases mal-dites que tu trouveras dans mon fichier commenté, je n’ai pas trouvé de phrase qui m’ait sorti de cet univers scolaire ou ne faisait pas « année lycée ». Après, c’est là où j’ai un peu de mal, côté cohérence : tu décris un lycée américain, mais ils parlent comme des français… Je te le mets ici, car c’est à de rares moments que je l’ai vu.

Toujours dans les éloges avant de te taper sur les doigts : il n’y a pas tant de fautes que ça, plus des problèmes de formulation ou de ponctuation, surtout sur les derniers chapitres. Je suppose que comme tu écris pour Wattpad, tu passes moins de temps sur la relecture pour vite poster. Pense à le faire : Wattpad, c’est sympa, mais si tu veux que ton livre soit lu par le plus grand nombre et qu’on prenne au sérieux ton travail, tu dois te relire. Autre petit détail : tu as mis en gras et dans une autre police les échanges par SMS. Bonne idée 😊 Côté vocabulaire global, on te lit sans avoir besoin d’un dictionnaire, mais on tourne souvent autour des mêmes verbes, surtout les auxiliaires, et expressions, attention. Je pense qu’il serait intéressant qu’au moment de la correction, tu élimines un maximum d’auxiliaires car ça fait fainéant : tu as du vocabulaire alors sers-t-en.

Bon…quitte à donner un défaut, autant passer à la partie qui fâche : les points noirs. J’ai relevé dans ton texte pas mal de fautes qui auraient pu être corrigées en une relecture attentive, surtout en ce qui concerne la conjugaison ou la ponctuation. Il manque souvent des virgules ou des points pourraient être mis à la place d’une énième virgule dans des phrases trop longues.

Dernière remarque : l’inversion sujet-verbe pour les verbes de diction. Cela fait partie des règles du dialogue de base, même si parfois ça rend mieux sans.

Plus rarement, ta phrase prend des tournures non française ou trop complexe, genre : « Tyler est mon meilleur ami depuis quatre ans, il sait tout de moi, idem pour moi. » ; « idem pour lui », plutôt, non ? Et en parlant de cette phrase, dans le texte, elle apparaît de nulle part dans un paragraphe qui ne traite pas du tout de lui. Était-ce un ajout de dernières minutes ? Un oubli ?  Pourquoi ne pas mettre un point avant « Il fait tout de moi » ?

Je ne sais pas, mais n’oublie pas : un paragraphe correspond à une idée développée sur plusieurs phrases. Mais pour ce point ça va aller, j’en suis sûr.

Du coup, passons au dernier point : la présentation générale. Comme pour le reste : je pense que tu es sur la bonne voie, car je n’ai presque rien à dire. Il y a même le tiret cadratin et l’espace juste après au début de chaque dialogue. Ton seul oubli est l’indentation, un petit espace, avant chaque paragraphe ou nouvelle ligne de dialogue. Pour le moment, comme tu es en pleine rédaction, ce n’est pas forcément le plus pressant. Mais avant de l’envoyer à des éditeurs n’oublie pas de rajouter ces espaces. De même, tu te permets parfois des libertés qui passent sur Wattpad, mais pas dans un livre « conventionnel » : « Il y a les meilleurs amis/frères ou sœurs de sang, suivis des amis, après connaissances/potes et enfin les faux-amis. Lorsqu’on est populaire, ce sont surtout les faux-amis qui sont en majorité… mais je crois que les impopulaires aussi commencent à avoir des faux culs dans leur camp. La preuve, j’en ai une devant moi. ». Je ne pense pas que tu puisses utiliser ces slashs. Il va donc te falloir reformuler la phrase, même si je trouve qu’elle illustre parfaitement ce que je te disais au sujet du ton honnête de ton récit, car on sent l’ado derrière cela.

Je te laisse jeter un œil aux commentaires sur ton texte pour corriger tout ça, mais il y a très peu de fautes de formes.

Bravo !

Que dire de Miss Fancy ?

Eh bien, ça a été une agréable surprise, à l’image de la couverture, très belle même : tu as conscience de ce que tu écris et pour qui tu l’écris. Tu t’occupes de chaque détail, même de la com sur Instagram ! Tu t’adresses aux filles comme toi avec leurs codes. Ton œuvre, à l’heure actuelle en tout cas, ne marquera pas l’histoire de l’écriture et je pense que passé 15-16 ans on a besoin de lectures plus mâtures car on connait déjà la fin ce de genre d’histoires. Mais tu as de bonnes bases et je comprends l’engouement du public : c’est marrant, très imagé, rapide à lire et on prend plaisir à voir Chelsea tyranniser tout le monde. J’irai même plus loin : j’ai lu Miss Fancy en parallèle de Maybe Someday de Coleen HOOVER. En trente pages de ton roman, j’ai ressenti plus de choses positives que sur toute son œuvre.

Cependant, ce n’est pas le genre d’œuvres qu’on recherche chez Plumavitae pour l’instant (je reprends ma casquette de critique d’âge mur ahah) : Miss Fancy peut être cool pour lancer ta carrière et faire découvrir ton style, mais à moins de travailler encore plus ton scénario et tes personnages pour te détacher du déjà-vu et avoir du contenu pour écrire une série plutôt qu’un one shot, par exemple, Miss Fancy risque de se noyer dans la masse. Après, je peux peut-être avoir tort, j’aimerais d’ailleurs !

En tout cas, je te remercie : j’ai vraiment passé un bon moment. Miss Fancy m’a rappelé cette époque où je pensais que le lycée ressemblait à High School Musical et que Gabriella était mon idéale féminin. J’ai donc passé tout l’aprem à écouter des chansons des trois films en écrivant cette critique. J’espère qu’un jour Miss Fancy aura son film, car ça pourrait être sympa !

Allez, va me corriger ton roman et continue sur ta lancée !

Catégories : Plum'Analyses

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